Pour moi, il y a deux jours qui m'ont marqué à jamais, à propos de la Marseillaise :
- le 1er mai 2002. La grande manifestation anti-Le Pen. Des dizaines et des dizaines de milliers de personne dans les rues de Grenoble. J'ai suivi le cortège de SOS Racisme/UNEF/FIDL. Je me souviens de ce militant de SOS Racisme, beau noir, qui tenait le micro jusque-là, s'excusant de ne pas connaître les paroles, et demandant si quelqu'un les connaissant pouvait venir au micro, ce que fit une jeune fille. Nous avons chanté notre hymne plusieurs fois, la dernière fois étant à l'entrée dans le Parc Paul-Mistral. Je me souviens de la fierté que j'avais que les plus anciens puissent nous voir, nous la jeunesse black-blanc-beur, brandir des drapeaux tricolores et chanter l'hymne national. Rien à voir avec du patriotisme, c'était juste parce qu'en se réappropriant la Marseillaise, on clamait que la France la vraie, c'était notre France métissée, pas la France xénophobe que voudrait Le Pen.
- le 5 juillet 2006. En 4 ans, mes convictions se sont forgées, j'ai trouvé ma famille politique : la gauche républicaine. Désormais je suis patriote, parce que j'aime la France métissée. Les émeutes de novembre 2005 ont été un déchirement terrible pour moi, de voir ces jeunes s'attaquer à cette France qui ne les intègre pas. Je vais voir la demi-finale de la Coupe du Monde de football sur écran géant au Jardin de Ville de Grenoble. Moi qui ne cesse de défendre l'importance des symboles d'unité nationale comme la Marseillaise, je ressens une grande émotion lorsque j'entends les milliers de spectateurs, blacks, blancs, beurs, etc., accompagner la Marseillaise au début du match. Je serai encore plus ému, les larmes aux yeux, lors de la fête après match dans les rues, lorsque les meneurs entonneront la Marseillaise et que tout le monde reprendra, fier de notre équipe black-blanc-beur.
Certains pensent que le foot est un sport de beauf. Mais il n'y a qu'un match de foot qui peut créer de tels moments d'unité nationale, de fraternité
Pour toutes ces raisons, j'applaudis franchement Ségolène Royal lorsqu'elle fait chanter la Marseillaise en louant la France métissée.
Je me souviens, il y a quelques années, je faisais partie de ceux qui n'aimaient pas Chevènement, qui s'inquiétaient qu'il parlait de "sauvageons", etc. S'il s'était présenté cette fois, j'aurais voté pour lui. Pourquoi un tel changement ?
Parce que j'ai commencé à réfléchir par moi-même et non plus à travers les Guignols de l'Info, que j'ai alors saisi l'importance de l'unité nationale, que j'ai compris qu'on pouvait etre fier de notre modèle qui intègre mieux que n'importe quel autre.
Et surtout, que laisser faire n'importe quoi au nom du respect des cultures, c'était une connerie.
L'élément déterminant, ça a été la loi sur les signes religieux. Et surtout Bas les voiles, le pamphlet anti-voile de Chahdortt Djavann. C'est en lisant le témoignage de cette femme, qui a été obligée de porter le voile pendant 10 ans en Iran, que j'ai compris que cet accoutrement religieux avait pour essence et pour but de stigmatiser, de culpabiliser les femmes. C'en était trop pour le féministe que je suis : j'ai totalement changé d'avis. Devenu anti-voile, évidemment pour la loi l'interdisant à l'école. J'en ferai un billet plus long un jour.
Il y a ensuite eu la découverte du magazine Marianne, qui m'a initié aux combats républicains, à la remise en question de mes idées. Plus particulièrement, ces gens, refusant le néolibéralisme et argumentant avec talent, m'ont permis comprendre que, contrairement à ce que racontaient les autres medias, on n'était pas obligé de se soumettre à la sociale-démocratie. Qu'on pouvait encore défendre une certaine idée de la France et du monde.
